Résolutions.

« Je partis dans les bois car je voulais vivre sans me hâter, vivre intensément et sucer toute la moelle secrète de la vie. Je voulais chasser tout ce qui dénaturait la vie, pour ne pas, au soir de la vieillesse, découvrir que je n’avais pas vécu. » Robin Williams, Le Cercle des Poètes Disparus.

Nous sommes tellement obnubilés par le fait de grandir qu’on en oublie notre enfance, nos rêves, nos idéaux, notre vie, nous. On passe le quart de notre vie à rêver de la vie d’adulte, la moitié de cette vie à se prendre au sérieux en tant qu’adulte, et le dernier quart à repenser à cette jeunesse gâchée par ces rêves d’adultes.

Faire l’avion sur un muret, tomber, se relever, recommencer. Toucher un arbre, le sentir vivre du plus profond de la terre jusqu’au ciel, essayer de s’étirer comme lui, reconnaître sa supériorité. Retomber dans ses rêves d’enfance grâce à une odeur d’herbe coupée. S’émerveiller devant la forme des nuages. Vivre son humanité. Sentir. Ressentir. Le faisons-nous encore ?

Non. La société nous rappelle à l’ordre dès que nous quittons la boîte aux mille maux. Une espérance trop grande, une vie trop bien vécue et la société nous rappelle à l’ordre.  Et si nous comprenons que c’est instinctif et que l’Homme recherche toujours l’approbation de la masse, cet être oublie qu’il est éphémère. On a réellement qu’une seule vie, il vaut mieux la vivre comme étant la sienne.

Car le temps avance sans jamais se retourner. Chaque instant est unique et on ne peut plus revivre un moment passé. Apprenons à chérir chaque minute de notre existence. Pour cette nouvelle année je vous souhaite la vie. La vie sans regrets. La vie sans contraintes. La vie vécue pour elle-même.

Bonne année à tous et un grand merci à vous de me suivre !

« Dans la forêt, le chemin se sépare en deux, et là, je choisis toujours le moins fréquenté, et chaque fois je constate la différence. »
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Romance de jeunesse.

« – Je… Je t’appelle parce que j’ai envie de revoir ton visage. C’est tout. C’est comme les gens qui retournent dans le village où ils ont passé leur enfance ou dans la maison de leurs parents… ou vers n’importe quel endroit qui a marqué leur vie.
– C’est comme un pèlerinage quoi.
Je me rendais compte que je n’avais plus la même voix.
– Oui exactement. C’est comme un pèlerinage. A croire que ton visage est un endroit qui a marqué ma vie. » Anna Gavalda.

 

Plus jeune, je vivais à travers mes livres. Non, je vivais dans mes livres. Puis j’en ai eu assez. J’ai fermé mon bouquin, j’ai levé la tête et j’ai arrêté de voir le monde à travers des œillères. J ai commencé à vivre, à faire des rencontres, à découvrir le monde. Toute une page s’est tournée. Depuis cette rencontre. J’ai vécu l’amour à la George Sand, tous ces livres romantiques se sont matérialisés sous mes yeux le temps d’une soirée.

Et il était beau, je ne vous mentirai pas. Parfum subtil mais viril, mains de fer, sourire éclatant, brillant par l’esprit, charismatique, drôle… Mon futur époux.

Lorsqu’il s’est présenté j’étais partagée entre  « embrasse-moi » et « la combinaison de ce pull Tommy Hilfiger bleu marine qui met en valeur tes magnifiques yeux gris et de ta plastique de rêve me met en émoi. Tu es comme un McFlurry après une longue journée embrasée, je n’attendais que toi pour me sentir enfin revivre. » Heureusement, je n’ai rien pu dire à part mon prénom mais je l’ai pensé très fort, moi, pauvre adolescente victime d’un coup de foudre dévastateur.

Et je me suis ridiculisée toute la soirée en essayant de jouer la jeune fille indifférente-serviable-souriante-intelligente-parfaite… Allez, on rentre le ventre ! On gonfle la poitrine ! On force le tout pour avoir une cambrure à la Beyoncé; le tout avec une pointe d’humilité et une culture digne d’une encyclopédie Larousse vulgarisée. R-I-D-I-C-U-L-E. Plus ridicule qu’on ne le pense lorsqu’on apprend que les cinq filles de la soirées jouaient à ce même jeu de rôle.

« We don’t pick who we fall in love with and it never happens like it should« , m’a-t-on dit par la suite. C’était ça. Tout ce blabla émotionnel qui t’évite de te sentir trop pathétique sur le moment.

J’ironise. Mais il était charmant et il en valait la peine à ce moment-là. Il le savait. Il en a profité. Les gens beaux attirent sympathie et confiance, il est impossible pour la conscience populaire qu’ils soient mauvais. Et pourtant…

Trahison. Trahison parfaite. Trahison amoureuse digne d’une tragédie grecque ! Tu nous as toutes embobinées, toutes embrassées. La même soirée. Nous étions des bobines de fil, tu étais un chat sournois au pelage gris.

Pourquoi m’as-tu fait ça ? Nous aurions pu vivre heureux, profiter de ces belles années d’université à deux, et de belles balades romantiques au Vieux-Port de Montréal. Nous serions allés en vacances à Cancun où tu m’aurais demandée en mariage devant un magnifique soleil couchant. Nous nous serions mariés au Canada, nos deux familles réunies à jamais, nous aurions eu des jumelles et un garçon… aux yeux gris. Pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi as-tu préféré renoncer à la passion plutôt que d’y succomber ?

Et ton visage a marqué ma vie.  Tu m’as donné l’envie de découvrir le monde par moi-même, d’oublier un instant les histoires d’amour romanesques. Tu m’as donné l’envie de vivre par moi-même et pour moi-même. Au diable la passion de l’Autre ! Je ne suis qu’Amour de moi ! Aimez-moi, je ne m’en aimerai que mieux !

Je t’ai longtemps haï mais finalement, je te remercie d’avoir traversé ma vie, juste le temps d’un baiser.

Et quand je me relis, je me dis que j’ai quand même de la chance: j’ai connu l’amour à travers le regard et les lèvres d’un bellâtre aux reflets gris… Dramatiquement romantique et intensément psychotique… Tout ce que j’aime.

 

Je ne t’oublierai jamais… Même si, désormais, je viserai les hommes avec le charisme d’un bâton de céleri. C’est bien plus prudent.

Quand la guerre devient le nerf de l’éducation.

C’est un besoin de solitude inassouvi. Le besoin d’être seul avec soi-même mais au milieu de la foule. Parce que le bruit de la foule affaiblit le bruit de tes pensées et parce que le réconfort vient de ceux qui nous entourent.

Et dans ma solitude foulée aux pieds par ces passants, au lieu de ces pas rassurants, tout ce que j’entends c’est le tir incessant et insoutenable des roquettes et des kalachnikovs. Puis parfois un bruit sourd, une balle dans une tête peut-être ?

Les récentes fusillades en Ontario ont fait ressurgir des souvenirs et des automatismes que je pensais oubliés. J’ai réalisé le clivage entre les gens d’ici et nous autres, de là-bas. Nous qui avons vécu au sein de tant d’horreurs que celles-ci sont devenues notre normalité. Nous qui avons fait notre éducation en voyant et en vivant la violence.

La notion de flux migratoires apprise en cours de géographie je l’ai apprise en observant des familles passer devant chez moi pour rejoindre la forêt protectrice avec des charrettes transportant leurs vivres et le peu d’objets constituant leur trousseau.

Mes cours d’histoire (les vrais, pas ceux qui me contaient que mes ancêtres étaient gaulois) viennent de ce vécu. L’histoire du Liberia, de la Sierra Leone, de la RDC et de la Centrafrique, je l’ai apprise grâce aux mercenaires… en devenant amie avec l’un d’eux, repenti et rongé par son passé corrompu.

J’ai appris le sport en jouant au « plaquage au sol », les langues en imaginant ces viles personnes se servir de mon corps d’enfant, l’anatomie en voyant les organes de cet homme sortir un par un suite aux coups de feu de ce monstre et les arts en coloriant ces pages noires de mon (de notre) existence.

J’ai fait mon éducation en vivant cette vie.

Et la société actuelle a tendance à oublier que la vie est loin de se résumer aux réseaux sociaux. Vivez un coup d’état ou deux et vous comprendrez que partager un hashtag #FreeGaza ou autres n’a que peu de chance d’aboutir à une aide concrète. Donner de son temps et/ou de son argent est le moyen le plus sûr de faire la différence. Seuls derrière nos ordinateurs, nous sommes impuissants. Viser le concret, le groupe, l’unification, le concept de l’Ubuntu, voilà les axes qui permettront l’évolution ou, tout du moins, la réparation des erreurs d’aujourd’hui.

Que mes enfants ne voient pas les guerres et la violence comme étant la normalité, un objectif de vie. Une utopie ? Peut-être. Mais « une utopie est une réalité en puissance ».

« Tant qu’il y aura des guerres, le mot « évolution » n’existera pas. L’Homme se trouve toujours dans la préhistoire. »
Dimitri Vallat

Elle.

« Mon histoire n’est pas de ces histoires passionnantes ou tristes dont on ne se souvient plus après avoir tourné la dernière page du livre. Mon histoire est une larme et un cri du cœur, mon histoire est un petit bout de vie, un début et une suite. Mon histoire a été, est et sera. Écoutez mon histoire, vous comprendrez. »

Elle m’a dit qu’il était beau son écureuil couleur noisette. Il grignotait ses petites noix rapidement, seul élément mobile de ce temps figé.
Elle m’a dit les grandes fleurs jaunes, blanches et roses du parterre. Elle leur a inventé des vies. Des histoires qui commençait par « Il était une fois une fleur aux pétales différents de ses sœurs… ».
Elle m’a aussi dit les grands arbres du parc Laurier, avec leurs magnifiques feuilles vertes et brillantes. Les grands lampadaires lui rappelaient l’Angleterre.
Elle m’a raconté ce magnifique Matisse qui lui a réchauffé le cœur tandis qu’elle était allongée dans l’herbe fraîche.

Puis elle m’a dit la brûlure de leurs mains sur sa peau tandis qu’elle se débattait.

Elle m’a raconté leurs rires, l’odeur de leurs joints et de la sueur sur les vêtements qui lui restaient.

Ils lui ont fait très mal. Elle a vécu tant de guerres, tant de rébellions là-bas, qu’elle pensait que l’occident l’avait sauvée. Elle a ri, puis pleuré, puis ri à nouveau. Elle m’a dit sa douleur plus jamais éteinte.

Elle m’a raconté le cri d’un passant, le temps qui s’accélérait, sa fuite éperdue mais vers où ? et pourquoi ?

Elle m’a alors dit la beauté des choses qui les entouraient, ce tableau vivant et immobile pourtant. Elle m’a raconté l’Immortalité de ces choses, leur immuabilité, le fait que la vie continuait autour de ces trois hommes euphoriques et de cette femme blessée. Et elle m’a dit qu’on a deux vies, et que la deuxième commence quand on se rend compte qu’on en a qu’une.

Elle m’a raconté sa peine sur la terrasse du Café du Nouveau Monde, une larme encore accrochée à sa tasse d’Arabica.

L’Île Noire

Une goutte s’écrase sur le dos de ma main. Je suis comme elle ; égarée et seule avec mes ambitions, mes idées, ma vie, mon cœur meurtri. Et alors, submergée d’émotions, je ressens le besoin d’écrire ces lignes.

Une foule de pensées m’assaille, et je ne peux les garder en mon sein. Les larmes que je refoulais depuis des mois s’échappent de mes yeux déjà brillants. Ces visages que je croyais oubliés m’apparaissent soudainement. Je sens mon cœur se serrer. Des souvenirs me reviennent, heureux mais tristes parce que ce temps est désormais révolu. L’enfance est finie, la réalité m’aura rattrapée. Je souris malgré moi, malgré ces larmes qui coulent une à une. Je sais que rien ne peut durer indéfiniment.

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Tu les connais ces jours où tu sens ta colonne vertébrale se raidir et se glacer ? La boule au ventre, le doute qui s’installe ? La peur constante, omniprésente de l’échec ?

« Femme nue, femme noire, vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté », femme victime de ses attributs, femme foulée aux pieds par les diktats de cette société, femme qualifiée, femme enfant, femme diminuée, femme écartée, désorientée.

Femme étonnée mais pourquoi ? Ne t’a-t-on pas dit dès l’enfance: tu as deux handicaps dans la vie, tu es femme et tu es noire, alors lève-toi et cours là où d’autres marcheront, tu les rattraperas peut-être ? Ai-je marché ?

Femme écartée de ses ambitions, diminuée et rejetée pour n’avoir pas réalisé le fantasme d’être un délice des jeux de l’Esprit, souffre en silence car ce n’est que le début d’un long chemin. Certaines sociétés te prendront toujours pour un fruit mûr à la chair ferme et refuseront de te reconnaître. Femme confinée dans une boîte aux milles maux, raisonne-toi. Femme forte de sa culture, femme fière, femme rebelle, femme obscure, femme éclairée, relève-toi.

Femme noire, femme divine, relève-toi et cours comme jamais. Longtemps diminuée, élève-toi telle la divinité que tu fus et transcende cette civilisation qui te croit inférieure.

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Une larme s’écrase sur le dos de ma main. Je suis comme elle, égarée et seule, seule avec mon cœur blessé mais désormais calme. Et je range mon stylo, apaisée et déterminée.

House Of Jazz

Certaines personnes ont ce je-ne-sais-quoi qui nous prouve qu’ils sont exactement ce qu’ils doivent être, qu’ils ont trouvé l’endroit au bout du chemin tracé pour eux. Leurs âmes en sont magnifiées, et laissent une empreinte sur tous ceux qui les entourent. Merci d’être toujours là.

 

Jeudi, 17h45, métro Sauvé, Montréal.

Il est là. Comme toujours. Je me demande à quelle heure il commence, et à quelle heure il finit. Il ne devrait jamais s’arrêter.

Son éternel béret noir dodeline en cadence, ses longs doigts lourds et charnus glissent rapidement sur les fils de sa guitare. On en verrait presque les notes de sa musique jazzy prendre vie. Une à une, elles forment comme une auréole rassurante autour de lui, autour de nous.

Chacun de ses accords résonne dans toute la station, au rythme des pas de la foule. Mon âme et mon corps sont pleins de sa musique. Il nous a ouvert la porte de sa vie, rien qu’avec une guitare.

Et, pendant qu’une confusion d’émotions nous traverse de part en part, lui n’est que calme, sourire et passion, assis au pied de ce mur gris. Intemporel, c’est le mot. Il est comme une pause et une continuité au milieu de la foule et du temps qui passe, il est intemporel.

 

Il est 18h40, il joue encore. Je ne le vois plus. Mais depuis mon appartement j’entends encore sa mélodie, gravée dans mon âme.

Un rayon de soleil rouge.

Une magnifique coucher de soleil, la terrasse de la pâtisserie Duc de Lorraine, un éclair au chocolat, une tasse de thé, une inspiration, un accident de voiture.

« Un petit rien, impalpable comme un souffle, la mort vient et c’est la fin »
Agatha Christie

« Quand je t’ai vu ce soir-là, quand tu m’as dit au revoir en m’embrassant tendrement sur le front, quand tu m’as caressé de tes doigts fins, j’ignorais que ce serait la dernière fois.
Quand j’ai fermé les yeux ce soir-là, quand je me suis remémoré tous ces souvenirs, tous ces moments que l’on a passés tous les deux, j’espérais que ce ne soit pas la dernière fois.

Pour la première fois, j’ai lu la peur et la détresse dans tes yeux. Pour la première fois, j’ai dû sécher tes larmes.
Quand j’ai ouvert les yeux ce soir-là, quand j’ai senti tes cheveux sur mon torse mouillé, quand j’ai vu tes lèvres crier mon nom, j’ai su que c’était la fin. Et je priais, oh oui je priais, et pour la première fois de ma vie j’implorais Dieu d’imprimer à jamais ton image dans mon cœur. J’espérais que tu puisses un jour m’oublier. J’espérais qu’un jour peut-être tu oublierais ce soir où, allongé sur le bitume, je me vidais de mon sang.

Si seulement je pouvais encore te dire « je t’aime », si seulement je pouvais te dire de ne pas t’inquiéter, que je t’attendrais dans un lieu où le temps et l‘espace sont infinis. Mais mes membres sont engourdis et ma bouche, que tu aimais tant, ne laisse échapper qu’un gargouillis de sang inaudible.

Ne t’inquiète pas, je n’ai plus mal. Mais chacune des larmes que tu verses me transperce le cœur. Pourtant elles sont si belles : les sirènes des ambulances leur donnent de magnifiques reflets bleus et rouges. Ne pleure pas s’il te plaît, pense à ce que tu me répétais souvent : toute fin marque un nouveau commencement.

Je veux que tu penses que je vais m’endormir, je vais fermer lentement les yeux et je vais m’endormir doucement, comme hier soir après l’amour. Ce sera juste la dernière fois.

… »

Ce blog, ce café est ma thérapie. Un collage de ma vie passée, présente et future. Attablée à la terrasse d’un café je me raconte et je m’apprends. Asseyez-vous un moment et laissez-moi vous emporter.

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