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Conte et légende de baobabs

En revenant d’une promenade en pirogue sur l’un des nombreux bras de mer du Sine-Saloum nous aperçûmes, quelque part entre Ndangane et Djilor, un magnifique îlot entouré d’une épaisse couronne de palétuviers. Un unique et majestueux baobab se tenait en son centre et sa plage brillait d’une blancheur virginale. Nous ne l’aurions sans doute jamais découvert si les violents orages des jours précédents n’avaient arraché une partie des palétuviers qui l’entouraient. Nous l’accostâmes donc de bon cœur malgré cette impression que nous avions de souiller ce sable vierge.

Nous fûmes immédiatement attirés par le baobab, qui se dressait imposant et seul au milieu de cette petite île. Plus nous nous en approchions, plus nous sentions comme un battement de cœur venant de lui. Nos cœurs battaient au même rythme, nous ressentions un bien-être sans borne. Il nous parlait.

***

Une foule de mots, d’émotions et de sentiments nous ont pénétrés. Je n’étais plus moi. Je sentais ses racines pénétrer en moi, elles s’enroulaient autour de nous. J’étais lui, arbre imposant aux longues branches et feuillage clairsemé. J’étais le sable blanc qui nous entourait. J’étais chaque grain de sable de cette île. J’étais le bras de mer qui affluait tout autour des îles du Sine-Saloum. J’étais la mangrove aux milles racines.

 

Un jeune homme se tenait près de moi. Sa présence me paralysait, j’étais comme ensorcelée. Comment tant de prestance et  de charme pouvaient ainsi tenir en une seule personne ? Je n’osais le regarder. Je ne le voyais pas mais je sentais ses muscles rouler à chaque mouvement de son corps d’ébène. Je le sentais tout autour de moi, j’étais lui, il était moi. Sa voix m’a sortie de ma torpeur, une voix douce comme les galets de la pointe des almadies mais grave et virile comme… le tronc d’un baobab.

Cette voix, cet homme scandait les mots « Confusion. Suicide. Immersion. Eaux profondes. Noir sur noir. Sable fin. Absolution. Régénération. Résurrection. » Sans cesse. Au rythme de mon cœur.

 

Narcisse sérère, on a chanté ta beauté et ta virilité par-delà le Saloum. Au Sine, ce sont tes exploits guerriers qui ont faits ta renommée. On te respectait, on t’honorait. Égocentrique et égoïste, tu te nourrissais d’éloges hypocrites.

Qui aurait cru qu’un jour ton règne de guerrier empli de vanité et d’orgueil aurait un terme ? Frappé au dos par une lance ennemie, blessé et impuissant, ils t’ont traîné dans la poussière. Défiguré, Hector au corps déchiqueté, ils ne t’ont même pas laissé la satisfaction de te tuer. Vivant mais vaincu, infirme et monstrueux, tes détracteurs se sont éveillés. On chantait ta défaite et ton malheur par-delà le Saloum. Au Sine, tes cicatrices et ton infirmité sont devenus une représentation physique des défauts humains.

Narcisse sérère, tu chantais ta tristesse et tes maux au bord de la mer,  y contemplant ton reflet difforme pendant des jours et des jours.  Tu scandais des psaumes pleins de douleur. Tu criais tes anciens exploits, tes regrets, tes souffrances, ta folie.

« Ma vie se consume dans la douleur, et mes années dans les soupirs; ma force est épuisée à cause de mon iniquité, et mes os dépérissent. tous mes adversaires m’ont rendu un objet d’opprobre, de grand opprobre pour mes voisins, et de terreur pour mes amis; ceux qui me voient dehors s’enfuient loin de moi. »

Et dans un sursaut d’humilité tu as choisi de quitter la vie. La mer a entendu tes pleurs, et t’as enfin appelé. À la recherche de l’ultime absolution tu es entré dans l’eau, miroir de ton âme depuis tant d’années, et tu n’en es plus jamais ressorti.

« Confusion. Suicide. Immersion. Eaux profondes. Noir sur noir. Sable fin. Absolution. Régénération. Résurrection. »

À l’endroit où ton corps s’est finalement reposé, une île a émergé. En son centre se tenait un majestueux baobab.

***

Nous quittâmes l’île avant le coucher du soleil, au retour de la marée. Nous ne l’avons plus jamais retrouvée.

 


Dans les récits que nous laissés les anciens, nous les retrouvons au pied d’un fromager, ou à l’ombre d’un baobab. Ils se montrent aux personnes dans le besoin, et à celles au cœur corrompu, comme le leur le fût un jour.

Ces djinns, désormais fantômes du passé et relégués au rang de l’imaginaire, errent. Espérant qu’un jour les Hommes se souviendront de leurs erreurs.

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Analogie

Les gens possèdent un peu l’âme de leur paysage et de leur climat. Ceux de la mer sont comme les courants et les marées. Ils vont et viennent, découvrent de multiples rivages. Leurs paroles et leurs amours imitent l’eau qui glisse entre les doigts et ne se fixent jamais. Les gens de la montagne se sont battus contre elle pour s’y installer. Une fois qu’ils l’ont conquise, ils la protègent, et celui qu’ils voient venir de loin dans la vallée risque bien d’être l’ennemi. Les gens de la colline s’observent longuement avant de se saluer. Ils s’étudient puis s’apprivoisent lentement, mais une fois la garde baissée ou la parole donnée, ils demeurent solides comme leur montagne dans leur engagement.

Gil Courtemanche – Un dimanche à la piscine à Kigali.

Résolutions.

« Je partis dans les bois car je voulais vivre sans me hâter, vivre intensément et sucer toute la moelle secrète de la vie. Je voulais chasser tout ce qui dénaturait la vie, pour ne pas, au soir de la vieillesse, découvrir que je n’avais pas vécu. » Robin Williams, Le Cercle des Poètes Disparus.

Nous sommes tellement obnubilés par le fait de grandir qu’on en oublie notre enfance, nos rêves, nos idéaux, notre vie, nous. On passe le quart de notre vie à rêver de la vie d’adulte, la moitié de cette vie à se prendre au sérieux en tant qu’adulte, et le dernier quart à repenser à cette jeunesse gâchée par ces rêves d’adultes.

Faire l’avion sur un muret, tomber, se relever, recommencer. Toucher un arbre, le sentir vivre du plus profond de la terre jusqu’au ciel, essayer de s’étirer comme lui, reconnaître sa supériorité. Retomber dans ses rêves d’enfance grâce à une odeur d’herbe coupée. S’émerveiller devant la forme des nuages. Vivre son humanité. Sentir. Ressentir. Le faisons-nous encore ?

Non. La société nous rappelle à l’ordre dès que nous quittons la boîte aux mille maux. Une espérance trop grande, une vie trop bien vécue et la société nous rappelle à l’ordre.  Et si nous comprenons que c’est instinctif et que l’Homme recherche toujours l’approbation de la masse, cet être oublie qu’il est éphémère. On a réellement qu’une seule vie, il vaut mieux la vivre comme étant la sienne.

Car le temps avance sans jamais se retourner. Chaque instant est unique et on ne peut plus revivre un moment passé. Apprenons à chérir chaque minute de notre existence. Pour cette nouvelle année je vous souhaite la vie. La vie sans regrets. La vie sans contraintes. La vie vécue pour elle-même.

Bonne année à tous et un grand merci à vous de me suivre !

« Dans la forêt, le chemin se sépare en deux, et là, je choisis toujours le moins fréquenté, et chaque fois je constate la différence. »

Quand la guerre devient le nerf de l’éducation.

C’est un besoin de solitude inassouvi. Le besoin d’être seul avec soi-même mais au milieu de la foule. Parce que le bruit de la foule affaiblit le bruit de tes pensées et parce que le réconfort vient de ceux qui nous entourent.

Et dans ma solitude foulée aux pieds par ces passants, au lieu de ces pas rassurants, tout ce que j’entends c’est le tir incessant et insoutenable des roquettes et des kalachnikovs. Puis parfois un bruit sourd, une balle dans une tête peut-être ?

Les récentes fusillades en Ontario ont fait ressurgir des souvenirs et des automatismes que je pensais oubliés. J’ai réalisé le clivage entre les gens d’ici et nous autres, de là-bas. Nous qui avons vécu au sein de tant d’horreurs que celles-ci sont devenues notre normalité. Nous qui avons fait notre éducation en voyant et en vivant la violence.

La notion de flux migratoires apprise en cours de géographie je l’ai apprise en observant des familles passer devant chez moi pour rejoindre la forêt protectrice avec des charrettes transportant leurs vivres et le peu d’objets constituant leur trousseau.

Mes cours d’histoire (les vrais, pas ceux qui me contaient que mes ancêtres étaient gaulois) viennent de ce vécu. L’histoire du Liberia, de la Sierra Leone, de la RDC et de la Centrafrique, je l’ai apprise grâce aux mercenaires… en devenant amie avec l’un d’eux, repenti et rongé par son passé corrompu.

J’ai appris le sport en jouant au « plaquage au sol », les langues en imaginant ces viles personnes se servir de mon corps d’enfant, l’anatomie en voyant les organes de cet homme sortir un par un suite aux coups de feu de ce monstre et les arts en coloriant ces pages noires de mon (de notre) existence.

J’ai fait mon éducation en vivant cette vie.

Et la société actuelle a tendance à oublier que la vie est loin de se résumer aux réseaux sociaux. Vivez un coup d’état ou deux et vous comprendrez que partager un hashtag #FreeGaza ou autres n’a que peu de chance d’aboutir à une aide concrète. Donner de son temps et/ou de son argent est le moyen le plus sûr de faire la différence. Seuls derrière nos ordinateurs, nous sommes impuissants. Viser le concret, le groupe, l’unification, le concept de l’Ubuntu, voilà les axes qui permettront l’évolution ou, tout du moins, la réparation des erreurs d’aujourd’hui.

Que mes enfants ne voient pas les guerres et la violence comme étant la normalité, un objectif de vie. Une utopie ? Peut-être. Mais « une utopie est une réalité en puissance ».

« Tant qu’il y aura des guerres, le mot « évolution » n’existera pas. L’Homme se trouve toujours dans la préhistoire. »
Dimitri Vallat

Elle.

« Mon histoire n’est pas de ces histoires passionnantes ou tristes dont on ne se souvient plus après avoir tourné la dernière page du livre. Mon histoire est une larme et un cri du cœur, mon histoire est un petit bout de vie, un début et une suite. Mon histoire a été, est et sera. Écoutez mon histoire, vous comprendrez. »

Elle m’a dit qu’il était beau son écureuil couleur noisette. Il grignotait ses petites noix rapidement, seul élément mobile de ce temps figé.
Elle m’a dit les grandes fleurs jaunes, blanches et roses du parterre. Elle leur a inventé des vies. Des histoires qui commençait par « Il était une fois une fleur aux pétales différents de ses sœurs… ».
Elle m’a aussi dit les grands arbres du parc Laurier, avec leurs magnifiques feuilles vertes et brillantes. Les grands lampadaires lui rappelaient l’Angleterre.
Elle m’a raconté ce magnifique Matisse qui lui a réchauffé le cœur tandis qu’elle était allongée dans l’herbe fraîche.

Puis elle m’a dit la brûlure de leurs mains sur sa peau tandis qu’elle se débattait.

Elle m’a raconté leurs rires, l’odeur de leurs joints et de la sueur sur les vêtements qui lui restaient.

Ils lui ont fait très mal. Elle a vécu tant de guerres, tant de rébellions là-bas, qu’elle pensait que l’occident l’avait sauvée. Elle a ri, puis pleuré, puis ri à nouveau. Elle m’a dit sa douleur plus jamais éteinte.

Elle m’a raconté le cri d’un passant, le temps qui s’accélérait, sa fuite éperdue mais vers où ? et pourquoi ?

Elle m’a alors dit la beauté des choses qui les entouraient, ce tableau vivant et immobile pourtant. Elle m’a raconté l’Immortalité de ces choses, leur immuabilité, le fait que la vie continuait autour de ces trois hommes euphoriques et de cette femme blessée. Et elle m’a dit qu’on a deux vies, et que la deuxième commence quand on se rend compte qu’on en a qu’une.

Elle m’a raconté sa peine sur la terrasse du Café du Nouveau Monde, une larme encore accrochée à sa tasse d’Arabica.

Lettre ouverte.

À vous Madame aux cheveux châtains et libres de tous frisottis que j’ai croisée un matin dans le métro ligne bleue, j’adresse aujourd’hui ce message. Il vous est également destiné, madame son amie rousse, coupable d’un hochement de tête (in)volontaire.

Vous êtes montée dans le métro à la station Acadie avec votre amie rousse, souriante, lancée dans une conversation passionnante au sujet du chat d’un voisin. Puis, vous m’avez vue. Pardon, vous nous avez vus, moi et mes cheveux encore humides de mon shampoing matinal. Et, debout en face de moi, la tête tournée vers votre amie, vous avez émis ce commentaire :

 

« Comment elle peut sortir avec les cheveux comme ça, ça fait sale ! Moi au moins quand mes cheveux sont mouillés ils sont lisses, attachés en chignon et ça fait beau, un peu wild et sexy ! »

 

Sacrilège ! Insinuez-vous que parce que mes cheveux ne correspondent pas aux standards de beauté du XXIème siècle ils ne sont pas beaux ? Mais, madame, qui êtes-vous pour me juger ? Qui êtes-vous pour décider de ce qui est beau ou pas ? Par votre bêtise et votre intolérance vous m’avez semblé plus laide que quiconque à ce moment précis.

Vous-même avec votre embonpoint, vos sourcils épais, les tâches de rousseur de votre amie, ses dessous de bras velus, pensez-vous correspondre aux standards de beauté imposés dans les magazines occidentaux ? Non, je ne pense pas. Ni vous ni moi n’y correspondons.

Mais oui madame, j’ai les cheveux crépus. Et, comme vous, je suis parfois en retard et j’ai besoin de les sécher. En quoi cela serait-il différent de vous ? Est-ce que vous tournez une pub à la « L’Oréal, parce que je le vaux bien à chaque fois que vous faîtes un shampoing » ?

Et puis si vous voulez le savoir, j’ai aussi de petits bourrelets, un nez légèrement empâté, des mollets et chevilles inexistants, des lèvres plus épaisses que les vôtres. Mais je n’aspire pas à ressembler à Eva Longoria. Et ça ne m’empêche pas de me faire aborder par de belles personnes.

 

Vous avez dû voir tout ce beau monologue quand vous avez croisé mon regard. Vous aviez l’air gênée et agacée.

Je vous ai regardée droit dans les yeux et je vous ai souri. Parce que je suis un peu trop bien élevée. Parce que je descendais à cette station. Et parce que je suis magnifique quand je souris quel que soit le standard de beauté qui fait votre référence.

Bien à vous,

Aissa B. D., différente, cheveux crépus bien mouillés, et fière.

Sur-vie.

Nous avons tous un rôle à jouer. Nous sommes nés, nous avons conscience de notre existence, nous avons conscience que notre temps est limité. J’estime que le but de toute vie est l’évolution, l’amélioration du système par l’entité infinitésimale que nous sommes.

Pendant plusieurs années je n’ai fait que vivre et survivre, impersonnelle, faible et basse au point de me laisser aller dans la stabilité, qui n’est que de la médiocrité déguisée.

En Centrafrique, j’ai entendu la phrase « Il est mort mais c’est pas grave, il n’était pas bon, il n’a jamais rien fait, c’est clair qu’il attendait la mort. »

Depuis, je me réinvente chaque jour. Je sur-vis.

Sur-vivre. Voilà le but de tout être. Savoir se dépasser, se réinventer, sortir de l’ordinaire, laisser une trace, même minime.

J’ai choisi de sur-vivre du mieux que je peux. Je pense être sur la bonne voie. J’espère. Et je dois mon évolution aux personnes qui m’entourent. J’estime que chaque rencontre est une expérience unique et un don inestimable. J’ai bien plus appris en rencontrant des personnes de différents horizons qu’en lisant des romans dans mon salon. Je ne vous remercierai jamais assez.

Et si il arrive que l’on ne puisse pas atteindre ses objectifs de la manière dont on a rêvé, cela ne signifie pas qu’il faut tout abandonner. Il suffit simplement de changer de route. La persévérance est mère de toute chose.

C’est facile à dire, je sais, j’ai souri en écrivant.

Ceux qui connaissent mon ego surdimensionné seront étonnés par cette phrase mais: sachez demander de l’aide. Ça ne coûte rien. Et attention, le fossé est grand entre un conseiller ou un mentor et un marionnettiste. Ne laissez jamais qui que ce soit prendre des décisions à votre place. On n’a qu’une seule vie, autant vivre la sienne :

« Tu es le maître de ton destin, et le capitaine de ton âme ! »

En bref, vivez et sur-vivez, voyez plus grand, plus haut, plus loin, oubliez le statu quo, innovez… Et ce ne sont que mes mots. Quels seront les vôtres ?