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Ceci n’est pas un suicide

J’ai lu quelque part que les femmes enceintes, quel que soit le moment et l’endroit, pensent toujours à leur bébé.
Je ne suis pas enceinte.
Je suis simplement pleine de nos souvenirs. Seuls mes yeux sont encore gros de larmes réprimées.
Je suis simplement pleine de toi, qui a su me faire naître et renaître.
Nous traversons la vie comme des fantômes, jamais vraiment présents car la pensée toujours occupée par ceux qui nous ont quittés.
Nous nous heurtons aux personnes vivantes, celles qui expirent le bonheur, comme un ivrogne se heurte aux meubles de sa maison.
La démarche chancelante, marchant sur le fil fin de la vie, nous cheminons suspendus, pendus – que dis-je, perdus – entre notre heureux passé et un futur désespéré.
Environnés par une obscurité profonde, nous nous accrochons malgré tout à cette vie, qui nous semble pourtant sans intérêt depuis la perte de nos êtres chers.
Et nous conservons nos instincts de survie, comme l’instinct maternel, qui nous poussent à continuer à aller de l’avant. À poser un pas devant l’autre. Une pensée après l’autre. Malgré tout.
Équilibristes entre la vie et la mort. Équilibristes toute notre vie, de notre naissance à notre mort.
Et un jour nous nous réveillons. Thanatonautes accomplis.
Je suis certaine que vous avez déjà vécus ces moments. Où vous aviez l’impression d’enfin rentrer dans votre corps. Alors que vous pensiez ne l’avoir jamais quitté.
La différence entre vous et moi c’est que mon corps est gâché, débauché, pourri par la dépendance. Mon ancien JE est dans mon nouveau MOI et je ne l’aime pas.
Donc ceci n’est pas un suicide. C’est une renaissance. Je meurs pour mieux vivre. Car sans Toi, sans vous, sans Moi, je ne suis plus moi.
Laissez-moi partir, pour mieux revenir. Laissez-moi partir d’ici pour mieux vous revenir.  Car je ne me suis jamais réveillée.
Je sais. J’ai peur, c’est vrai. Ça me terrifie… Quitter la vie me terrifie.
Mais je n’ai pas peur de la mort. Je sais depuis la naissance que je mourrais un jour. Car c’est tout le paradoxe de la vie. Avoir des émotions, des sentiments, se sentir vivant… « Cogito ergo sum », et lorsque je ne penserai plus je ne vivrais plus. C’est entendu.
Et les questions… Qu’y a t il après la mort ? Si c’est un Paradis, qu’est-ce que le Paradis pour moi ? Est-ce que je vis chaque journée au mieux ? Suis-je sur la bonne voie ? Qu’est-ce que la bonne voie pour moi ? Tant d’incertitudes… Vivre sans savoir quand mourir. C’est comme être à un repas de famille et ne pas savoir si on aura tous assez à manger. Puis-je remplir mon assiette à ras-bord ou dois-je me priver pour que tous aient la chance de goûter à tous les plats ?
Ne riez pas.
Non, je n’ai pas peur de mourir, car c’est ma destinée. Mais j’ai peur de quitter la vie. Je ne connais que la vie. Enlevez-moi les biens matériels, enlevez-moi les vêtements que je porte, arrachez-moi à mes proches encore vivants, il me restera encore la vie. Cogito ergo sum.
J’ai peur de quitter la seule chose qui me restera si par malheur un jour je n’ai plus rien.
Mais pour retrouver mon bonheur, je préfère avoir le malheur de quitter la vie aujourd’hui.
Adieu.
Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent.
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Conte et légende de baobabs

En revenant d’une promenade en pirogue sur l’un des nombreux bras de mer du Sine-Saloum nous aperçûmes, quelque part entre Ndangane et Djilor, un magnifique îlot entouré d’une épaisse couronne de palétuviers. Un unique et majestueux baobab se tenait en son centre et sa plage brillait d’une blancheur virginale. Nous ne l’aurions sans doute jamais découvert si les violents orages des jours précédents n’avaient arraché une partie des palétuviers qui l’entouraient. Nous l’accostâmes donc de bon cœur malgré cette impression que nous avions de souiller ce sable vierge.

Nous fûmes immédiatement attirés par le baobab, qui se dressait imposant et seul au milieu de cette petite île. Plus nous nous en approchions, plus nous sentions comme un battement de cœur venant de lui. Nos cœurs battaient au même rythme, nous ressentions un bien-être sans borne. Il nous parlait.

***

Une foule de mots, d’émotions et de sentiments nous ont pénétrés. Je n’étais plus moi. Je sentais ses racines pénétrer en moi, elles s’enroulaient autour de nous. J’étais lui, arbre imposant aux longues branches et feuillage clairsemé. J’étais le sable blanc qui nous entourait. J’étais chaque grain de sable de cette île. J’étais le bras de mer qui affluait tout autour des îles du Sine-Saloum. J’étais la mangrove aux milles racines.

 

Un jeune homme se tenait près de moi. Sa présence me paralysait, j’étais comme ensorcelée. Comment tant de prestance et  de charme pouvaient ainsi tenir en une seule personne ? Je n’osais le regarder. Je ne le voyais pas mais je sentais ses muscles rouler à chaque mouvement de son corps d’ébène. Je le sentais tout autour de moi, j’étais lui, il était moi. Sa voix m’a sortie de ma torpeur, une voix douce comme les galets de la pointe des almadies mais grave et virile comme… le tronc d’un baobab.

Cette voix, cet homme scandait les mots « Confusion. Suicide. Immersion. Eaux profondes. Noir sur noir. Sable fin. Absolution. Régénération. Résurrection. » Sans cesse. Au rythme de mon cœur.

 

Narcisse sérère, on a chanté ta beauté et ta virilité par-delà le Saloum. Au Sine, ce sont tes exploits guerriers qui ont faits ta renommée. On te respectait, on t’honorait. Égocentrique et égoïste, tu te nourrissais d’éloges hypocrites.

Qui aurait cru qu’un jour ton règne de guerrier empli de vanité et d’orgueil aurait un terme ? Frappé au dos par une lance ennemie, blessé et impuissant, ils t’ont traîné dans la poussière. Défiguré, Hector au corps déchiqueté, ils ne t’ont même pas laissé la satisfaction de te tuer. Vivant mais vaincu, infirme et monstrueux, tes détracteurs se sont éveillés. On chantait ta défaite et ton malheur par-delà le Saloum. Au Sine, tes cicatrices et ton infirmité sont devenus une représentation physique des défauts humains.

Narcisse sérère, tu chantais ta tristesse et tes maux au bord de la mer,  y contemplant ton reflet difforme pendant des jours et des jours.  Tu scandais des psaumes pleins de douleur. Tu criais tes anciens exploits, tes regrets, tes souffrances, ta folie.

« Ma vie se consume dans la douleur, et mes années dans les soupirs; ma force est épuisée à cause de mon iniquité, et mes os dépérissent. tous mes adversaires m’ont rendu un objet d’opprobre, de grand opprobre pour mes voisins, et de terreur pour mes amis; ceux qui me voient dehors s’enfuient loin de moi. »

Et dans un sursaut d’humilité tu as choisi de quitter la vie. La mer a entendu tes pleurs, et t’as enfin appelé. À la recherche de l’ultime absolution tu es entré dans l’eau, miroir de ton âme depuis tant d’années, et tu n’en es plus jamais ressorti.

« Confusion. Suicide. Immersion. Eaux profondes. Noir sur noir. Sable fin. Absolution. Régénération. Résurrection. »

À l’endroit où ton corps s’est finalement reposé, une île a émergé. En son centre se tenait un majestueux baobab.

***

Nous quittâmes l’île avant le coucher du soleil, au retour de la marée. Nous ne l’avons plus jamais retrouvée.

 


Dans les récits que nous laissés les anciens, nous les retrouvons au pied d’un fromager, ou à l’ombre d’un baobab. Ils se montrent aux personnes dans le besoin, et à celles au cœur corrompu, comme le leur le fût un jour.

Ces djinns, désormais fantômes du passé et relégués au rang de l’imaginaire, errent. Espérant qu’un jour les Hommes se souviendront de leurs erreurs.

C’était une brise d’été sur les côtes du Sénégal…

Va-cances, Va-lises, Va-gues… Va ! Puisque les mots eux-mêmes nous poussent à partir allons-y donc.
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La sentez-vous cette petite brise humide ? Avec ses effluves de poisson, de crustacés et de sel ? J’y sens le filet de pêche qui vient tout juste d’être remonté sur la pirogue du Vieux. Je sens même jusqu’ici les brochettes de cœurs de la vendeuse du bord de la plage de Ngor, bien arrosées de moutarde et de piment. Regardez toutes ces mangues bien juteuses et dorées qui nous font de l’oeil sur son étal… Un délice.
 .
Voyez-vous les restaurants de Saly Portudal ? Avec leurs noms tous plus originaux les uns que les autres ? Le lapin qui fume, l’âne qui tousse, la Riviera et leurs si beaux thiofs braisés ? Saly Portudal où des policiers ont arrêté la circulation pour sauver un caméléon qui traversait la route à l’aveuglette. Il devait sûrement rejoindre ce mouton et cette chèvre, compagnons de Leuk-le-Lièvre, qui font route ensemble. Les voyez-vous ?
 .
Suivez la brise. Venez avec moi. Posez vos yeux sur les femmes du marché Kermel, aux pagnes colorés comme un nuage de papillons multicolores. Laissez-moi toucher mes grands-mères, linguères aux milles bijoux, réunies en plein concile sous un manguier centenaire. Regardez-les sourire aux chants des guéwels aux mains durcies par les cordes de la kora.
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Je vois encore et encore dans cette brise la mangrove de mon enfance, avec les huîtres des îles du Sine Saloum bien accrochées à leurs branches de palétuviers. Regardez donc la pluie brillante qui se rapproche lentement du rivage, comme un rideau de lumière sur l’eau calme. Sentez donc le bruissement des ailes des oiseaux poursuivant le soleil jusqu’à sa dernière demeure de la journée. Ouvrez bien les yeux et abritez-vous, car c’est l’heure pour les esprits de quitter leurs baobabs protecteurs et de se manifester. Fermez les yeux.
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Entendez-vous la mélodie créée par le choc des vagues ? Entendez-vous le roulement des galets au bord de la Mer ? Le chant de l’Océan enfermé dans ce gros coquillage ? Fermez les yeux. Sentez. Touchez. Goûtez. Écoutez. Et vous verrez.
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Refermons maintenant le livre des vacances, ce vieux livre aux pages érodées et jaunies par le temps qui laisse derrière lui une odeur de poussière chaude et sucrée… Ou plutôt une odeur de poisson, de crustacés et de sel. J’y sens le filet de pêche qui vient tout juste d’être remonté…

Il fut un temps…

 “On est toujours trop riche quand on déménage.”

C’est en rangeant mes affaires pendant mon déménagement que suis tombée ( entre autres trésors) sur ces petits textes oubliés. Le plus vieux date de 2002, j’avais seulement dix ans ! Je les partage parce que j’en ai envie, et parce que ça m’a fait plaisir.


Terre morte (Dakar, 2002)

La terre n’est faite que de haines,

De mystères, de violences, de peurs et de peines.

Elle est mère de la nature,

Elle est douce mais pas toujours pure.

En des endroits elle est nue,

Et à d’autres elle est vêtue.

Composée de d’océans de mers, et de continents,

Eux-mêmes emplis de forêts, de villes et d’habitants,

Les vivants ne savent comment la remercier

Car il existe encore guerres et aucune pitié.

À cause de nous, Hommes, bientôt ce sera la fin.

Tous seront sacrifiés ! Terre, animaux, humains.

Mais un jour, nouvelle Terre naîtra.

Animaux, insectes, mais pas d’humains il faudra.

Et nouvelle Terre vivra.

 


 Introspection (Bangui, 2008)

Nous sommes tous des explorateurs. Nous avons tous un but, ce quelque chose qui nous pousse à vivre, à survivre. Nous ne savons pas si il existe vraiment, si son existence peut être prouvée mais nous en ressentons la présence chaque jour, au fin fond de nous. Et d’un autre côté nous savons que ce but nous ne l’atteindrons jamais. Nous ne voulons pas l’atteindre. Car atteindre ce but signifie qu’il faudra affronter l’inconnu et trouver une nouvelle raison de vivre. La peur nous ralentit. Mais c’est peut-être pour le mieux. Car l’important ce n’est pas le but, mais bien le voyage. C’est peut-être ça aussi le but : l’exploration.

 


Évasion (Montréal, 2015)

Dans un petit chalet sur le flanc de la montagne, musique naija dans les oreilles, des arbres à perte de vue, mes pieds nus sur le sol frais, l’odeur de l’herbe fraîchement coupée au bord de ce petit ruisseau… Il fait bon vivre ici.
À travers la baie vitrée, j’ai regardé l’horloge du salon. Une citation y était inscrite : « Ici le temps s’arrête ». Et, pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis laissée emporter. J’ai ressenti l’évasion, le sentiment de liberté, l’oubli de l’oppression quotidienne.
Vous souvenez-vous la dernière fois que vous avez dansé un zouk en fermant les yeux ? Souvenez-vous les pas instinctivement devinés, vos mains fiévreuses, le rythme de la musique et celui de vos cœurs confondus. Sentez-vous le temps ralentir autour de vous ? En cette belle matinée de juin, cette image reflète mon état d’esprit actuel. C’est l’abandon. L’évasion.
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Quand la guerre devient le nerf de l’éducation.

C’est un besoin de solitude inassouvi. Le besoin d’être seul avec soi-même mais au milieu de la foule. Parce que le bruit de la foule affaiblit le bruit de tes pensées et parce que le réconfort vient de ceux qui nous entourent.

Et dans ma solitude foulée aux pieds par ces passants, au lieu de ces pas rassurants, tout ce que j’entends c’est le tir incessant et insoutenable des roquettes et des kalachnikovs. Puis parfois un bruit sourd, une balle dans une tête peut-être ?

Les récentes fusillades en Ontario ont fait ressurgir des souvenirs et des automatismes que je pensais oubliés. J’ai réalisé le clivage entre les gens d’ici et nous autres, de là-bas. Nous qui avons vécu au sein de tant d’horreurs que celles-ci sont devenues notre normalité. Nous qui avons fait notre éducation en voyant et en vivant la violence.

La notion de flux migratoires apprise en cours de géographie je l’ai apprise en observant des familles passer devant chez moi pour rejoindre la forêt protectrice avec des charrettes transportant leurs vivres et le peu d’objets constituant leur trousseau.

Mes cours d’histoire (les vrais, pas ceux qui me contaient que mes ancêtres étaient gaulois) viennent de ce vécu. L’histoire du Liberia, de la Sierra Leone, de la RDC et de la Centrafrique, je l’ai apprise grâce aux mercenaires… en devenant amie avec l’un d’eux, repenti et rongé par son passé corrompu.

J’ai appris le sport en jouant au « plaquage au sol », les langues en imaginant ces viles personnes se servir de mon corps d’enfant, l’anatomie en voyant les organes de cet homme sortir un par un suite aux coups de feu de ce monstre et les arts en coloriant ces pages noires de mon (de notre) existence.

J’ai fait mon éducation en vivant cette vie.

Et la société actuelle a tendance à oublier que la vie est loin de se résumer aux réseaux sociaux. Vivez un coup d’état ou deux et vous comprendrez que partager un hashtag #FreeGaza ou autres n’a que peu de chance d’aboutir à une aide concrète. Donner de son temps et/ou de son argent est le moyen le plus sûr de faire la différence. Seuls derrière nos ordinateurs, nous sommes impuissants. Viser le concret, le groupe, l’unification, le concept de l’Ubuntu, voilà les axes qui permettront l’évolution ou, tout du moins, la réparation des erreurs d’aujourd’hui.

Que mes enfants ne voient pas les guerres et la violence comme étant la normalité, un objectif de vie. Une utopie ? Peut-être. Mais « une utopie est une réalité en puissance ».

« Tant qu’il y aura des guerres, le mot « évolution » n’existera pas. L’Homme se trouve toujours dans la préhistoire. »
Dimitri Vallat

L’Île Noire

Une goutte s’écrase sur le dos de ma main. Je suis comme elle ; égarée et seule avec mes ambitions, mes idées, ma vie, mon cœur meurtri. Et alors, submergée d’émotions, je ressens le besoin d’écrire ces lignes.

Une foule de pensées m’assaille, et je ne peux les garder en mon sein. Les larmes que je refoulais depuis des mois s’échappent de mes yeux déjà brillants. Ces visages que je croyais oubliés m’apparaissent soudainement. Je sens mon cœur se serrer. Des souvenirs me reviennent, heureux mais tristes parce que ce temps est désormais révolu. L’enfance est finie, la réalité m’aura rattrapée. Je souris malgré moi, malgré ces larmes qui coulent une à une. Je sais que rien ne peut durer indéfiniment.

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Tu les connais ces jours où tu sens ta colonne vertébrale se raidir et se glacer ? La boule au ventre, le doute qui s’installe ? La peur constante, omniprésente de l’échec ?

« Femme nue, femme noire, vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté », femme victime de ses attributs, femme foulée aux pieds par les diktats de cette société, femme qualifiée, femme enfant, femme diminuée, femme écartée, désorientée.

Femme étonnée mais pourquoi ? Ne t’a-t-on pas dit dès l’enfance: tu as deux handicaps dans la vie, tu es femme et tu es noire, alors lève-toi et cours là où d’autres marcheront, tu les rattraperas peut-être ? Ai-je marché ?

Femme écartée de ses ambitions, diminuée et rejetée pour n’avoir pas réalisé le fantasme d’être un délice des jeux de l’Esprit, souffre en silence car ce n’est que le début d’un long chemin. Certaines sociétés te prendront toujours pour un fruit mûr à la chair ferme et refuseront de te reconnaître. Femme confinée dans une boîte aux milles maux, raisonne-toi. Femme forte de sa culture, femme fière, femme rebelle, femme obscure, femme éclairée, relève-toi.

Femme noire, femme divine, relève-toi et cours comme jamais. Longtemps diminuée, élève-toi telle la divinité que tu fus et transcende cette civilisation qui te croit inférieure.

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Une larme s’écrase sur le dos de ma main. Je suis comme elle, égarée et seule, seule avec mon cœur blessé mais désormais calme. Et je range mon stylo, apaisée et déterminée.

Sur la terrasse d’un café je me suis perdue et retrouvée.

Vous ne réalisez pas à quel point vous avez blessée l’enfant que j’étais.

J’étais naïve et un peu simple d’esprit en ce qui concernait les relations humaines. Fille unique, je vivais dans mon monde un peu utopique fait de Barbie, de Disney, de livres et d’imagination. Bien que j’aie été plutôt précoce, il y avait beaucoup de choses que je ne comprenais pas dans les relations sociales et, parfois, familiales. Je donnais tout, ma confiance, mon amitié, mon amour, sans arrière-pensée, sans condition, sans réflexion. Imaginez ma réaction quand j’ai reçu la réalité en pleine face et que j’ai commencé à me prendre des tartes dans le dos et dans le visage. Gourmandise excessive, gloutonnerie de relations sociales.

En réponse à cela, j’ai commencé très tôt à écrire. Parce que c’était le seul moyen que j’avais de m’exprimer. Pourquoi parler de moi aux autres si c’était pour qu’ils fassent de la crème de mes émotions et qu’ils me la balancent après bien déguisée en tourte d’hypocrisie et d’intérêt malsain ? Je me suis renfermée sur moi-même. Je suis restée sociable, j’écoutais les gens, je retenais ce qu’ils me disaient mais jamais je ne me suis confiée. Je me confie dans mes histoires, mes petites nouvelles, mon écriture.

Et les mots sont devenus le comble de mon existence, et ils se sont moqués de moi comme jamais. Je les ai jeté sur le papier, je les étirés, j’ai joué avec les syllabes, les rimes, les figures de style, j’en ai usé et abusé mais lorsque qu’il s’agissait de relier les mots à la parole, j’étais comme désœuvrée. Mes proches en ont pâti. J’ai encore du mal à  leur dire à quel point ils comptent pour moi. J’ai été blessée tellement de fois que la peur d’être rejetée ou prise pour acquise a pris le dessus.

« Est-ce que tu es heureuse ? Tant que tu es heureuse, tout va bien. » C’était ce que disait mon père à chaque appel. Et je n’ai jamais retourné la question, je ne lui ai jamais dit que je l’aimais. Je le regrette. Et ce schéma s’est répété avec toutes les personnes qui m’ont quittée trop tôt. Tout ça parce qu’une bande d’imbéciles finis m’ont fait mal physiquement et mentalement.

On a tendance à oublier le fait que la vie est éphémère et que tout le monde mourra un jour. Se renfermer sur soi-même, se perdre soi-même, ne pas dire aux gens ce qu’on ressent, ne pas en gifler certains, on n’en a pas le temps. On peut mourir à tout moment et non, cela n’arrive pas qu’aux autres.

If I once told you that I loved you even if I was drunk, saying it in a casual conversation, or mocking you, if I was looking at your eyes it means that I thought it. I still have too much pride to say those words but I’m working on it. Et c’est pour ça que cette phrase est en anglais, c’est plus simple. Ça donne un certain style aussi.

Écrire cet article est extrêmement important pour moi. J’ai fait quelques dépressions, quelques crises d’angoisse, beaucoup d’insomnies, je me suis scarifiée de mes 9 ans à mes 12 ans – entre autres – parce que j’en avais trop sur le cœur et je ne pouvais plus parler à qui que ce soit, j’étais terrifiée à l’idée de laisser des gens entrer dans mon espace. Mais à partir d’un moment la force mentale n’y est plus, tout devient noir. Il faut savoir demander de l’aide dans ou hors de son cercle et se débarrasser des mauvaises pensées et des personnes qui font ressortir le pire de nous-mêmes. On n’est jamais seul.

Vous ne réalisez pas à quel point vous avez blessée l’enfant que j’étais mais hey, je suis encore là et je vais mieux que jamais.